Comme le dit si bien l'encyclopédie santé Vulgaris-médical (laquelle m'a paru fournir la définition la plus claire en l'absence de mon ami Robert), "L'acte manqué est un acte traduisant un désir inconscient, refoulé. C’est en quelque sorte la révélation involontaire de ce que le sujet ne peut pas exprimer consciemment. L'acte manqué le plus connu du grand public est par exemple le fait d'oublier quelque chose, en allant dîner au restaurant, sur la table. Cela pourrait traduire le désir inconscient de rester dans ce lieu ou bien d'autres choses encore (surtout si l'on se trouvait dans ces lieux avec une personne désirée, et que l'on s'en aille avant elle). Perdre ses clés, oublier de se rendre un rendez-vous peuvent être considéré comme un acte manqué."
Mais pourquoi donc tout ce baratin ? Quel intérêt à cette laborieuse explication d'expression ?
Et bien figurez-vous que je viens d'en commettre un magnifique.
Je vous explique.
Depuis quelque temps je me pique. Rassurez-vous, point d'héroïne ou autre substance toxique. Du nettement plus rébarbatif. De l'auto-surveillance glycémique. Puisque en plus de ne pas être immunisée contre la toxoplasmose et donc privée de sushis et tartares mais pas de vinaigre pour laver tout ce qui ressemble de près ou de loin à une crudité, j'ai la joie de faire partie des moins de 5% des femmes concernées par le diabète gestationnel (épatant cet effet de manches pour vous annoncer l'arrivée de Junior en janvier, non ?).
Le diabète gestationnel, en langage clair, c'est le fait que mon crétin de pancréas se la coule douce depuis quelques semaines et ne fournisse pas assez d'insuline pour éliminer le sucre. Je vous passe les différentes conséquences possibles, sans intérêt majeur pour le commun des mortels et ne vous transmettrai que la principale, à savoir le risque d'avoir d'avoir un bébé plus gros que la moyenne, perspective me réjouissant très moyennement comme vous le comprendrez sans doute.
Cet inopportun diabète fut repéré à la faveur d'une analyse au cours de laquelle j'eus le bonheur de boire d'un coup d'un seul 75g de glucose et d'attendre ensuite 2 heures dans un couloir avant que l'on ne me prélève le fatidique échantillon sanguin qui allait sonner le glas de ma vie de gourmande.
Rien d'ahurissant dans mes résultats, juste au dessus du seuil. Pas loin de la barrière, mais du mauvais côté. Pas de chance Marie-France...
Quelques jours plus tard, exécution de la sentence, convocation en hôpital de jour pour une "journée d'éducation". Quatre femmes à gros ventre consignées dans une pièce aveugle, un jeu de questions/réponses avec bristols en couleur à scratcher sur un dépliant géant (le côté pédagogique de la chose...), un entretien avec une diététicienne levant les yeux au ciel lorsque l'on prononce le mot confiture, un autre avec une diabétologue assistée d'une étudiante à moustache, une pesée règlementaire, un repas gastronomique gracieusement offert par la maison (poisson tiède, courgettes froides et riz nature), une ordonnance pour l'appareil d'auto-surveillance qui ne me quittera plus et la démo qui va avec, sur un ton doctoral évidemment, tout ce que j'aime...
Depuis ce merveilleux lundi consciencieusement je me pique. Le bout des doigts. 4 fois par jour. Après les repas sans glucides rapides et entre les collations insipides (obligatoires...). Je surveille ce foutu taux de sucre et prie lors du compte à rebours qui s'affiche sur la micro-machine pour qu'il ne dépasse pas 1.20 g/l, maximum autorisé. Et note à contre-coeur les mauvais chiffres lorsqu'ils sont affichés.
Sauf aujourd'hui... Puisque j'ai oublié mon autopiqueur (oui, ça s'appelle comme ça, c'est sexy, hein ?). Et ne peux donc m'acquitter de mes vérifications quotidiennes. C'est dommage, non ?
Nul besoin de chercher longtemps les raisons enfouies de cet acte manqué. Le désir d'envoyer promener les intervenants croisés et leurs consignes, ne serait-ce qu'un moment, me semble très conscient... Et proportionnel à mon incapacité à réagir lorsque la charmante diabétologue consultant mon suivi s'est contentée d'entourer les deux mauvais résultats de la quinzaine et d'en conclure dans son dictaphone que je commettais des erreurs diététiques sans prêter la moindre attention à mes questions. Avant de m'expédier dehors en un temps record.
Ce 28 octobre sera donc une journée off. Les cases de mon carnet d'auto-surveillance resteront vierges. A moins que je n'y ajoute un smiley... ;-)
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